Les yeux, les reins et les nerfs
Ce qui peut arriver aux yeux, aux reins et aux nerfs avec le diabète de type 1, à quelle fréquence, la baisse des taux et ce qui peut s'améliorer.
Les yeux, les reins et les nerfs peuvent être touchés par des dommages aux petits vaisseaux sanguins, c'est pourquoi on les regroupe souvent. Cette page explique simplement ce qui peut arriver à chacun et à quelle fréquence. Mais d'abord, un peu de contexte : ce qui est arrivé à ces chiffres au cours des dernières décennies. Le contexte d'abord, les détails ensuite. Dans l'ordre inverse, on crée de la peur plutôt que de la compréhension.
Les taux ont déjà beaucoup baissé
C'est la partie la moins racontée de tout le sujet.
- −77 % d'incidence annuelle de l'atteinte avancée des yeux dans le diabète de type 1, de 1980 à 2007. Les troubles de la vision ont diminué de 57 % pendant la même période.
- 21 % d'atteinte des yeux après 15 ans dans un registre national belge en 2022, contre 36 % en 2001
- 3 à 4 % d'insuffisance rénale après 25 à 30 ans dans des études de population récentes en Suède, en Norvège, en Finlande et au Japon
L'insuffisance rénale se chiffre donc en quelques points de pourcentage seulement, bien loin de ce que les gens s'imaginent. Une nuance honnête, toutefois : les marqueurs précoces baissent plus vite que les issues graves, et un registre suédois n'a pas constaté de baisse nette de l'insuffisance rénale depuis 2001. La tendance est bonne, mais elle n'est pas uniforme.
Les yeux
Ce qui se passe. Les minuscules vaisseaux sanguins de la rétine, au fond de l'œil, s'abîment. À un stade plus avancé, de nouveaux vaisseaux fragiles peuvent se former et saigner. Du liquide peut aussi s'accumuler au centre de la vision, et c'est la cause la plus fréquente de perte de vue.
À quelle fréquence. Selon Diabète Canada, l'atteinte avancée des yeux touche environ 23 % des personnes vivant avec le diabète de type 1, et l'accumulation de liquide au centre de la vision, environ 11 %. Ces taux baissent de façon constante depuis quarante ans.
Est-ce que ça peut s'améliorer? Oui. Les changements précoces peuvent régresser, et ça arrive : une amélioration a été observée chez 18 % des participants de la plus grande étude à long terme. L'atteinte avancée se traite par laser et par injections, et la vue est généralement préservée.
Les changements significatifs aux yeux sont rares dans les cinq premières années après le diagnostic, c'est pourquoi le dépistage canadien commence à ce moment-là. Si vous ne retenez qu'une action de cette section, prenez votre rendez-vous annuel pour les yeux. C'est l'heure la plus rentable de votre agenda.
Les reins
Commençons par ceci : dans une étude de longue durée menée à Boston, 58 % des personnes qui avaient une fuite précoce de protéines l'ont vue revenir à la normale en six ans. Après la cécité, c'est la maladie des reins que les gens craignent le plus, et c'est pourtant la complication de cette liste la plus susceptible de vraiment reculer à son stade précoce.
Elle évolue lentement, par étapes. Il faut généralement cinq ans ou plus pour passer d'une étape à l'autre. Lent veut dire qu'on a le temps d'agir, à condition que quelqu'un surveille.
Les changements précoces ne sont pas rares. Environ 15 % des personnes présentent une certaine fuite de protéines après 15 ans, et 30 % après 25 ans. Ces chiffres viennent de personnes qui vivaient avec les outils des décennies passées, et ce sont justement ces marqueurs précoces qui baissent le plus vite. Dans tous les cas, une fuite de protéines est un signal pour agir, pas un diagnostic d'insuffisance rénale.
L'insuffisance rénale est l'issue rare. Environ 3 à 4 % après 25 à 30 ans dans les études de population récentes. La dialyse n'est pas la destination attendue.
Ce qui la fait reculer. Une pression artérielle dans la cible, une glycémie dans la cible, un cholestérol plus bas, et un dépistage précoce. L'essentiel, ce sont des médicaments, pas de la volonté.
Les nerfs
Les nerfs les plus longs d'abord. Les changements touchent d'habitude les pieds, puis les jambes, puis les mains. Ils peuvent se manifester par une douleur qui brûle ou qui élance, ou par de l'engourdissement. L'engourdissement est plus important à surveiller, car c'est la perte de la sensibilité protectrice qui rend possibles les blessures aux pieds.
Lisez le chiffre attentivement. Diabète Canada indique que des changements aux nerfs sont détectables à l'examen dans les 10 ans chez 40 à 50 % des personnes vivant avec le diabète de type 1. « Détectable » est une catégorie beaucoup plus large que « douloureux » ou « dérangeant », et les symptômes sont rares dans les cinq premières années. Comme tous les taux de cette page, il décrit des personnes qui avaient des outils plus anciens, et dans le DCCT, la prise en charge intensive a réduit de 60 % le risque d'atteinte des nerfs à cinq ans.
Les nerfs qui font fonctionner le corps. Le même processus peut toucher les nerfs qui régulent la fréquence cardiaque, la vessie et l'estomac. La vidange lente de l'estomac (gastroparésie) touche environ 5 % des personnes sur dix ans, généralement après l'apparition d'autres complications.
Une précision honnête. On prévient l'atteinte des nerfs beaucoup mieux qu'on ne la renverse, et la vidange lente de l'estomac, en particulier, ne s'améliore pas de façon fiable même quand la glycémie revient ensuite dans la cible. La gastroparésie est la complication qu'on reproche le plus souvent à la personne qui en est atteinte, et les données n'appuient pas ce blâme. Quiconque s'est fait dire que c'était sa faute s'est fait dire quelque chose de faux.
La douleur aux nerfs, elle, se traite : plusieurs médicaments la réduisent couramment d'un tiers à la moitié.